- 17/09/2002

Mystification

Zap'cyng n°76


Mardi 16 juillet, France 2, 22h50 : Le plus beau pays du monde, film français de Marcel Bluwal (1999).

Image 1Paris, 1942. Les Allemands occupent la France et la police de Vichy fait le ménage dans notre beau pays sous couvert d’allégeance forcée à l’ennemi. C’est ainsi qu’un comédien (Lambert) est arrêté dans une boîte tenue par un travesti puis déporté à Drancy. Le hic, c’est que Lambert incarne Mermoz dans un film à la gloire des « valeurs nationales » et que cette arrestation intervient huit jours avant la fin du tournage. Le producteur, désireux de sauver son film (et l’argent investi), assisté du réalisateur, des comédiens et des techniciens va tout entreprendre afin de sortir Lambert de Drancy. C’est peine perdue, personne ne veut se mouiller pour un homo. L’équipe trouve alors un comédien de remplacement et dissimule la supercherie en le faisant tourner dos à la caméra, rendant ce tour de passe-passe crédible grâce à l’enregistrement des répliques de Mermoz à travers les barbelés du camp.

Cette ultime séquence sonne comme un mauvais gag mais Télérama.fr nous assure qu’elle est véridique, comme l’est l’histoire de Lambert, et écrit : « Cet hallucinant épilogue (…) n’est que le point de mire lointain d’une intrigue vacillante qui aspire à la tragi-comédie mais côtoie plus souvent la farce laborieuse. On sauvera cependant quelques anecdotes sur la vie quotidienne du cinéma sous l’Occupation. » Et la répression de l’homosexualité qui occupe une grande part du film ? Télérama.fr l’ignore et la seule allusion que l’on y trouve dans cette présentation est cette phrase évoquant les mobiles de la déportation de Lambert : « À cause, dira-t-on, de son homosexualité. »

Être arrêté dans un bar tenu par un travesti n’est effectivement pas synonyme d’homosexualité, mais le comédien qui a inspiré ce film a bien été arrêté sur ce motif et est mort à Buchenwald le 7 mars 1945. Télérama.fr fait ainsi délibérément l’impasse sur ce pan majeur du scénario où la répression de l’homosexualité par Vichy et le Reich est dénoncée sans ambiguïté, les réduisant même à une « intrigue vacillante » voire à des « farces laborieuses ». Oserais-je dire que Jean-Claude Loiseau, qui signe cette présentation, est passé à côté du film et pire a fait œuvre de négation d’une part de l’histoire ? Oui, je le dis, en mémoire des déportés homosexuels et parce que ces déportations, n’en déplaise à certains, n’ont vraiment rien de la farce.

Cy Jung, 17 septembre 2002





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