Zap'cyng n°51 : Une dépêche de presse incomplète a contribué à faire passer un couple de lesbiennes pour ce qu’elles ne sont en fait pas.
Sous le titre « Un don de sperme très cher », Libération [10/12/01] rapporte qu’un tribunal suédois a condamné un donneur de sperme à verser une pension alimentaire à un couple de lesbiennes : il leur avait permis d’avoir trois enfants et c’est suite à la séparation des deux femmes que cette décision judiciaire est intervenue. Je lis l’article en diagonale, peu intéressée par le détail des problèmes juridiques que soulève cette décision, solidaire du donneur fort mal récompensé de sa générosité.
Comprenant que ce tribunal a été saisi par le couple de lesbiennes, je trouve leur démarche fort de café et susceptible de porter ombrage aux revendications des homos en matière d’insémination. En même temps, je ris sous cape : chaque fois que les lesbiennes et les gays obtiennent des droits, ils ont la fâcheuse tendance à oublier les devoirs qui leur sont associés ; ce rappel du principe de réciprocité me plaît. Il n’empêche, la démarche des requérantes n’est pas bonne pour la cause.
Quatre jours plus tard, je tombe sur une brève du Point [14/12/01] qui précise : « [Karin] n’a pas les moyens de subvenir (…) aux besoins des trois enfants (…). La caisse de sécurité sociale se retourne alors vers Peter (…). » Bigre ! Ces femmes ne sont pour rien dans ce procès. Je relis la première brève et, marrie, constate ma méprise : rien n’y était dit sur l’identité du plaignant. Comment se fait-il alors que j’ai commis un tel abus d’interprétation ? J’essaie de comprendre…
Considérant que la brève de Libération réduisait l’affaire à quatre protagonistes — le donneur, le tribunal et les deux lesbiennes —, mon entendement a conclu au plus rapide : le donneur n’avait aucun motif à agir, le demandeur était donc forcément une des femmes, voire les deux. Ne croyez pas que je cherche à me dédouaner de mon erreur. J’ai tout faux, mais constate néanmoins combien l’omission du plaignant a travesti l’histoire, autorisant la pire des interprétations.
Je suis surprise que Libération ait participé à cette méprise. Grâce à une petite enquête menée par David de Media-G, il est établi que ce quotidien a en fait repris une dépêche Reuters [9/12/01] qui ne parlait pas du rôle joué par la sécurité sociale. Sacré Reuters qui a ainsi manipulé ma raison ! Bravo Le Point qui ne s’est pas fié aux apparences ! Une dernière question demeure : pourquoi cette omission ? Pour jeter l’opprobre sur ces lesbiennes et par extension sur l’homoparentalité ? Non ! c’est impossible. Il n’y a que sur TF1 que ces choses-là arrivent…
Cy Jung, 5 février 2002.
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