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Max [mars 2003] titre « 50 filles racontent leurs fantasmes » et, forcément, on trouve dans le lot cinq récits où il est question de pratiques homosexuelles. Cinq sur cinquante, cela fait 10 % ; on est dans la norme admise, norme qui m’inspire quatre remarques.
Je note d’abord que deux de ces récits placent leur narratrice dans une position plutôt passive : Chloé, « Une fille me lèche le clitoris et les fesses tandis que je roule de grosses pelles à une autre nana » ; Manue, « Me faire faire un cuni (…) par deux nanas. » Je note ensuite que trois, voire quatre, se font l’écho de pratiques multipartenaires. Il y a Manue et Chloé déjà citées, mais il y aussi Anne — « je me retrouve souvent avec plusieurs nanas » — et Tania qui « repense à toutes ces filles que j’aimerais avoir dans mon lit. ». Elle ne précise certes pas si elle les veut en même temps ou séparément mais vu qu’elle s’inspire de « sites X », je parie volontiers qu’il y a de la partouse dans l’air. Je note également la manière dont deux décrivent leurs partenaires putatives : Anne les voit « assez sexy » pendant que Chloé les imagine avec « des strings, des porte-jarretelles et des yeux libidineux. » Enfin, à nos passives s’ajoutent des voyeuses : Anne a pour second fantasme « une femme assise (…) qui écarte doucement les jambes » et Tania mate sur Internet.
Je pourrais conclure en dénonçant l’image éculée qu’ont ces femmes de l’homosexualité féminine : la limitant à des caresses et à des rapports bucco-génitaux entre cochonnes en jarretelles, elles la réservent à des partouzes où elles sont soit voyeuses, soit passives. Ne nous y trompons pas : ces femmes ne parlent pas d’homosexualité, elles parlent de pratiques entre partenaires de même sexe qu’elles situent dans une imagerie de club échangiste et de porno de salon, les seules à leur disposition. Dans ce contexte, ce qu’elles représentent, ce n’est pas l’homosexualité, c’est l’hétérosexualité dans toute sa misère, avec ces rôles sexuels figés de mâles qui liment et de femelles soumises où le rapport entre femelles n’est que stimuli, ces hétéros-là ne considérant comme acte sexuel véritable que le seul coït.
Je rage de voir mes semblables encore si loin de s’affranchir du joug phallique, toujours si promptes à reproduire un modèle qui les opprime. Je me console avec le fantasme de Rose : « Coucher avec une nana tout simplement. Ça doit être tripant, non ? » Oh ! oui, qu’est-ce que c’est tripang une cramouille bien juteuse…
Cy Jung, 6 mai 2003
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