C’est l’histoire d’un jeune homosexuel qui habite en région. Il a découvert son homosexualité à 15 ans, souffrant de devoir donner le change. Mais, parce qu’elle est incontournable, celle-ci finit par transparaître. Ses parents ont du mal à l’avaler et il affronte au quotidien l’homophobie ordinaire. Alors il s’installe à Paris, y découvre les backrooms et, dans les bars, se construit une famille, menant une vie de débauche safe en rêvant du prince charmant, et, qui sait, d’avoir un enfant.
Belle histoire non ? Un peu stéréotypée peut-être, ne serait-ce que parce que l’on peut être un homosexuel heureux hors Paris. Tout du moins, on l’espère, si fort d’ailleurs que l’on en vient à se dire que ce type d’histoires n’est pas loin de constituer un cliché. Et puis, combien d’homosexuels parisiens d’adoption ont une activité sexuelle débordante ? Et puis pourquoi cette obligatoire référence au Sida ? Cette histoire-là a donc de quoi agacer. Elle est celle du Petit pédé de Renaud qui nous la conte lui, avec ses mots, son style popu et ses vers à l’emporte-pièce. Fan ou pas, écoutons la chanson.
La première strophe parle d’injures et de galère à vivre « Ce penchant paraît-il pervers ». Première prise de position. Dans la seconde, il évoque la difficulté de vivre son homosexualité à 15 ans, la troisième posant comme nécessaire de « faire semblant d’être "normal" », avec des guillemets sur « Normal », tant « Il fait pas bon être pédé quand on est entouré d’enculés ». Traiter d’enculé l’hétéro de base n’est pas forcément la solution idéale pour dénoncer l’amalgame mais, reconnaissons-le, ça fait plaisir quand même. La quatrième strophe nous emmène dans le Marais, « ce ghetto un peu branché » ; la formule est encore limite et qu’elle soit si usitée ne la légitime en rien, ce d’autant moins qu’elle fait écho à « Niquer plus que de raison ». Autre cliché. Nouvelle dénonciation : le vers suivant affirme « C’est ta liberté, c’est ton droit. » Dur dur que ce soit un hétéro qui nous le rappelle !
Et il va encore plus loin, le bougre. Dans la sixième strophe, il dénonce cette loi qui interdit aux homos d’adopter et ainsi jouer à « papa-maman ». Formule hétéronormée ? Certes, mais combien d’entre nous mènent une réflexion transgenre qui pose autrement les termes de la parentalité ? Combien d’hétéro-chansons sur l’homosexualité se concluent sur l’identité du sentiment amoureux « Qu'on soit tarlouze ou hétéro » ? On n’aime ou on n’aime pas l’artiste mais, ce n’est pas si mal… Non ?
Cy Jung, 24 septembre 2002
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