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Télévision - 07/01/2003
Homosexualité et télévision, l'année 2002
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Homosexualité et télévision



L’année 2002






« Quand tu as l’impression qu’on est dans une société
où tout le monde est rose à poil vert et que toi tu es vert à poil rose,
t’as un moment où tu as envie de te retrouver avec des gens qui sont comme toi...
verts à poil rose. »

René-Paul Leraton
Sexologue, coordinateur de la Ligne Azur
Bleu blanc rose, France 3, juin 2002




Avant-propos

La visibilité des homosexuels s’est accrue dans les sphères publiques de notre société depuis la fin des années 90 : les débats sur le Pacs ou sur l’homoparentalité, l’élection d’un maire ouvertement homosexuel à Paris, la création d’associations homos dans de grandes entreprises, la médiatisation des jeux de télé-réalité et de leurs candidats homos, l’affluence record aux défilés lesbiens et gays au mois de juin... Les médias évoquent désormais volontiers tout ce qui a trait à l’homosexualité et tous ces évènements sont autant d’occasions de renforcer la présence des lesbiennes et des gays dans les médias.

La télévision tient un rôle important dans cette médiatisation. Elle constitue un formidable vecteur d’informations, d’idées, d’images mais aussi parfois de clichés. Elle a le pouvoir d’accélérer la lente progression de l’acceptation de l’homosexualité, de sensibiliser un large public sur des sujets mal connus. Elle peut aussi déformer ou ancrer certaines caricatures dans les esprits. Comprendre la façon dont la télévision représente l’homosexualité, c’est aussi mieux apprécier la façon dont l’homosexualité est perçue par nos concitoyens en 2002.

Avec un chiffre record de 586 émissions abordant l’homosexualité — dont 179 sur les chaînes hertziennes — la télévision française confirme en 2002 les progrès constatés les années passées. Ce bilan positif est cependant plus contrasté que les années précédentes. Le nombre de programmes et le nombre de prime times indiquent que les chaînes hertziennes semblent avoir quelque peu réduit leur mobilisation en 2002. Très en forme, les chaînes du câble représentent désormais 69 % des programmes abordant l’homosexualité à la télévision (contre 57 % en 2001). Absente de ce palmarès il y a encore deux ans, Canal Jimmy est désormais la chaîne diffusant le plus grand nombre de programmes représentant l’homosexualité en France, avec 49 émissions répertoriées en 2002.

Le mois de juin et ses traditionnels défilés constituent toujours une période privilégiée pour aborder l’homosexualité mais pour la première fois cette année, c’est le mois de décembre qui a connu le plus grand nombre de programmes. La Nuit gay de Canal+ et l’évocation des homos dans les reportages programmés en marge de la journée mondiale de lutte contre le Sida n’y sont pas étrangers.

L’année 2002 reste également marquée par un traitement de l’homosexualité dans les journaux télévisés d’une qualité plutôt inégale. Si la Lesbian and gay pride — devenue Marche des fiertés — a dans l’ensemble fait l’objet d’une excellente couverture, les dérapages — souvent issus des agences de presse — restent nombreux.

Parmi les programmes qui ont favorablement attiré notre attention en 2002, on retiendra la série documentaire Bleu blanc rose réalisée par Yves Jeuland et diffusée par France 3 à l’occasion de la Marche des fiertés 2002. D’une qualité exceptionnelle, ce programme est en passe de devenir un document de référence sur l’histoire contemporaine de l’homosexualité en France.

Bien loin de telles considérations, la télé-réalité — toujours reine de l’audience — nous a proposé une image de l’homosexualité mi-figue, mi-raisin. Fruits de savants castings, les candidats homos de la cuvée 2002 ont eu la particularité de révéler leur orientation sexuelle sans l’exprimer en clair. Si leur impact positif sur le jeune public n’est plus à démontrer, ces « coming out cryptés » laissent toutefois un goût d’inachevé : sollicités par les médias à propos de leur homosexualité, les candidats homos de Loft Story et Star Academy se sont montrés bien décevants lorsqu’il s’est agi de tenir un discours communautaire cohérent. Salués par des pics d’audience conséquents, une presse unanime et des annonceurs heureux de sponsoriser des icônes politiquement correctes ne fâchant pas la ménagère de moins de 50 ans, Thomas et Anne-Laure sont de loin les homosexuels les plus médiatisés de 2002.

Annoncés au début de l’année 2002, deux projets de chaînes gays et lesbiennes françaises ont livré une bataille stratégique. Au terme de douze mois de faux suspense, c’est finalement Pink TV — seule — qui verra le jour en 2003, non sans quelques mois de retard causés par les difficultés liées au financement et aux velléités anti-porno du président du Conseil supérieur de l’audiovisuel.

Au terme d’une année qui a relativement vu régresser la visibilité des lesbiennes et des gays sur les chaînes hertziennes et où les programmes les plus populaires semblent privilégier une évocation de l’homosexualité « en filigrane », les mois qui vont suivre pourraient constituer une période charnière pour la représentation de l’homosexualité à la télévision française. La spécialisation confirmée en 2002 de certaines chaînes comme Canal Jimmy — qui a même un temps soufflé à Canal+ l’exclusivité d’une série très gay friendly — et le lancement de la chaîne Pink TV risquent-ils de tarir les chaînes hertziennes en « programmes homos » ou, au contraire, vont-ils dynamiser leurs grilles ? C’est tout l’enjeu de l’année qui commence.




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