Télévision - 02/08/2006 La Marche des fiertés dans les journaux télévisés |
L’édition 2006 de la Marche des fiertés est marquée par sa très forte visibilité dans les médias, directement liée à la perspective des présidentielles de 2007 et la mobilisation apparente des politiques.
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L’édition 2006 de la Marche des fiertés est marquée par sa très forte visibilité dans les médias, rarement le mot d’ordre — Pour l’égalité en 2007 ! — n’a été aussi clairement relayé, malgré le Mondial de football omniprésent dans les JT. La perspective des présidentielles de 2007 dans 10 mois et la mobilisation des politiques ont été rappelées par l’ensemble des commentateurs. La rédaction de TF1, qui a préparé plusieurs reportages une semaine à l’avance, fait preuve d’une mobilisation remarquable cette année : chaque compte-rendu du défilé est doublé par un autre reportage composé de témoignages, le tout représentant un temps d’antenne assez conséquent. Malgré certains choix d’images discutables et le football systématiquement mis en avant, l’ensemble est équilibré et très fidèle à nos constatations sur place. France 3 offre également une large tribune au défilé : il s’agit du premier titre pour chacune des éditions, les interviews — d’une pertinence moindre — qui complètent les reportages représentent également un temps d’antenne important. Les images sont par contre assez aguicheuses et tendent à exagérer les exubérances du défilé. Ce dispositif est complété par un reportage sur l’homoparentalité très réussi diffusé le dimanche 25 juin. France 2 retrouve la maîtrise de ses images, après plusieurs années marquées par des reportages assez racoleurs : pas un string ni la moindre plume ne sont présents à l’écran ! Le reportage propret du JT de 20 heures a beau être irréprochable, la mobilisation n’est pas au rendez-vous : moins de deux minutes lors du journal de début de soirée, rien à 13 heures.
France 3 — Le 12 13, Édition Paris Île-de-France La « Gay pride » est le premier titre qu’a tenté de développer Jean-Noël Mirande. Il rappelle les revendications de cette édition du défilé, la mobilisation des politiques et la récente interview de Ségolène Royal au magazine Têtu. Le présentateur annonce une interview d’Alain Piriou, porte parole de l’inter-LGBT, mais à cause d’un problème technique, il doit enchaîner avec un autre sujet, soit l’ordination de prêtres… « C’est un peu bousculé » concède Jean-Noël Mirande. On ne retrouvera finalement Alain Piriou que lors de l’édition du soir.
TF1 — Journal de 13 heures — 4 minutes La Marche est le deuxième titre développé par Claire Chazal après le Mondial de football. La présentatrice explique dans les titres puis lors du lancement du reportage que tous les partis politiques réfléchissent et évoluent à propos du mariage homo et de l’homoparentalité. Le reportage débute sur les images du cortège de voitures d’un mariage saluant les chars en préparation sur le boulevard du Montparnasse. « Ils ne pouvaient rêver mieux à quelques heures du départ » commente la voix-off avant de rappeler le mot d’ordre. Une militante de l’Association des Parents Gays et Lesbiens (APGL) est interviewée. La présence du char du PS — une première — est également commentée.
Retour sur le plateau. Bonne surprise, Claire Chazal annonce un deuxième reportage sur l’association Paris Foot Gay qui lutte contre les préjugés et dont le parrain dispute actuellement le Mondial. Le second reportage débute avec le témoignage de deux frères jouant dans le club, un hétéro et un homo. La voix-off évoque la peur des représailles et les insultes pour les footballeurs homos et s’autorise un commentaire facile : « le monde du football n’est pas très rose ». Suit une interview intéressante du co-fondateur de l’association qui décortique les mécanismes de l’insulte homophobe. Même si le thème de l’homophobie ne correspond pas directement au mot d’ordre de la Marche de cette année, on ne peut que se féliciter de l’initiative originale de la rédaction TF1 qui signe ici un excellent reportage.
France 2 — Journal de 13 heures Rien à signaler sur la Gay pride, mais un très beau reportage de deux minutes sur le salon du timbre !
France 3 — Le 19 20, Édition Paris Île-de-France — 5 minutes La Marche des fiertés est le premier titre, puis le premier sujet développé par Jean-Noël Mirande : le présentateur annonce 800 000 participants et précise qu’outre les 100 000 participants supplémentaires les politiques se bousculaient au défilé. Le reportage commence par l’image de deux créatures peinturlurées et fort dénudées, quelques plumes plantées ça ou là complétant ce dispositif. Les images provocantes s’enchaînent pendant de longues secondes. Suit une intervention de Jack Lang qui tente d’énumérer les mesures au caractère précurseur prises par la Gauche, « Il est temps de ne plus être un wagon de queue mais une locomotive ! » conclue-t-il. Le reportage s’intéresse ensuite au char de l’UMP, interview de Stéphane Dassé (président de Gaylib) en prime. Le passage en revue se poursuit avec le char des Verts, suivent un gros plan sur un danseur avec des plumes vertes dans le fondement et l’interview d’Yves Cochet qui estime que le Pacs est dépassé et appelle au mariage et à l’adoption pour tous. Pour la deuxième fois dans la journée, Jean-Noël Mirande annonce un duplex avec Alain Piriou… et le reporte à cause d’un problème technique. L’interview a finalement lieu au bout de quelques minutes : un point est fait sur la participation, « plus de 800 000 personnes », qui est un succès selon le porte-parole de la Marche. Suit une question sans intérêt sur l’aspect revendicatif et festif du défilé. Enfin, une question est posée sur la non participation de Ségolène Royal à la Marche. Alain Piriou ne s’arrête pas aux questions sans réelle originalité du présentateur, en habitué des médias il est venu avec ses propres réponses.
France 3 — Le 19 20, Édition Nationale — 6 minutes La Marche des fiertés est aussi le premier titre, puis le premier sujet développé par Catherine Matausch : la présentatrice annonce 800 000 personnes et rappelle les revendications dont elle précise qu’elles ont un avant-goût de campagne électorale alors que les associations « font monter la pression » sur les futurs candidats à l’Élysée. Des images sont diffusées pendant les titres, l’ensemble est assez aguicheur, on aperçoit également Jack Lang. Le reportage commence par des images de la fête. Puis, il s’intéresse à Jack Lang qui est consacré « militant de la première heure » à propos du mariage et de l’homoparentalité. La voix-off ajoute que cette année « c’est presque tout le Parti socialiste qui a pris le char en route. » François Hollande est interviewé, il promet une loi sur le mariage si la gauche est élue. Dominique Strauss-Kahn apparaît à l’écran mais ne s’exprime pas. Sont ensuite interviewés Yves Cochet pour les Verts et Stéphane Dassé qui fait une courte intervention pour l’UMP. Un rappel des avancées récentes dans différents pays européens est fait. Retour sur le plateau, où Catherine Matausch interviewe Jean-Luc Romero. Le conseiller régional fait un rappel de la situation française et replace les revendications dans leur contexte, citant moult faits et chiffres et n’omettant aucune des actions de la droite dans ce domaine. Jean-Luc Romero lit un passage de la lettre de Nicolas Sarkozy envoyée à Luc Ferry afin de lui demander une réflexion sur les revendications en cours. Jean-Luc Romero défend bec et ongles son camp politique — sans excès — tout en condamnant les propos récents tenus par Christian Vaneste. L’intervention est maîtrisée et réussie.
Arte — Arte Infos — 30 secondes Cette année, Arte consacre moins d’une minute à la Marche. Le présentateur allemand fait un compte rendu très sobre du défilé et de ses enjeux sur des images — en partie repiquées sur France 3 — qui tranchent avec le commentaire tant les participants y semblent extravagants. Plumes, cuir, musique techno… tout y passe. Seule consolation, les images ne durent que 20 secondes.
M6 — Le Six’ La Marche des fiertés est traitée après le foot, en commençant par les trois minutes de silence en souvenir des 100 000 morts du Sida. La voix-off précise que 800 000 participants étaient présents selon les organisateurs, 10 mois avant les prochaines présidentielles. Le mot d’ordre de la Marche ainsi que son double enjeux, le mariage et l’adoption, sont cités. Une marcheuse de l’APGL est interviewée. Les chars des partis sont ensuite passés en revue, le carré de tête n’apparaît pas dans ce reportage.
TF1 — Journal de 20 heures — 4 minutes Claire Chazal consacre 14 longues minutes au football avant de développer le reste de l’actualité. Deuxième titre et deuxième sujet, la Marche bénéficie d’une mobilisation importante de la part de la rédaction qui a traité le sujet à travers des petits reportages sur diverses associations s’ajoutant à ceux sur la Marche en elle-même. Claire Chazal rappelle la présence de plusieurs centaines de milliers de participants et des partis, dont le Parti socialiste. Elle précise aussi que le mariage et l’homoparentalité sont les thèmes — « de campagne » — adoptés par cette édition de la Marche. Le reportage commence très fort : deux créatures hautes en couleurs — les mêmes que sur France 3 — sont filmées en gros plan et déclarent en cœur « Coucou la caméraaaaa ! » sur un ton enjoué qui sonne comme un « coucou la voilà ! » La voix-off précise que dans ce défilé, on est homo et fier de l’être, « les manières de le dire ont été illimitées cet après-midi ». Les images de TF1, qui en rajoutent un peu par rapport à nos constatations sur place, le confirment… le commentaire atténue cependant ces images racoleuses, on nous explique notamment que les provocations sont autant de réponses aux discriminations. Une fois le folklore évoqué, le reportage s’intéresse vite à des choses plus sérieuses : un large plan sur une foule d’anonyme rappelle que certains revendiquent plus sobrement, en particulier autour du petit train de l’AGPL. La voix-off rappelle que le mariage et l’adoption sont les enjeux de cette année, les présidentielles sont présentées comme « un moyen de pression supplémentaire ». Le char du Parti socialiste est évoqué, il est rappelé que c’est une première. Suivent les interviews de François Hollande, puis de Jean-Luc Romero. La voix-off explique : « ce lobbying a été interrompu par trois minutes de silence en hommage aux victimes du Sida ». Retour sur le plateau, Claire Chazal propose de faire le point sur les luttes contre les discriminations avec un reportage sur l’homophobie dans le monde de l’entreprise. Direction la permanence mensuelle des policiers homosexuels. Un cas de discrimination est évoqué, puis l’intervention de l’association Flag. Puis c’est le cas de la SNCF qui est abordé avec le témoignage d’un cheminot gay de l’association Gare. De retour sur Paris, les coulisses d’une rencontre — bien entendu fructueuse… — entre l’association de policiers et un représentant du ministère de l’Intérieur est filmée. Les reportages de TF1 en marge de la Marche sont très bien construits dans l’ensemble. Malgré des choix d’images parfois discutables, la mobilisation de TF1 paye.
France 2 — Journal de 20 heures — 2 minutes La Marche est le deuxième titre développé par Béatrice Schönberg après le Mondial de football, vers 20 h 06. Dans son introduction, la présentatrice précise qu’il s’agit d’un thème de société qui pourrait faire la différence, elle annonce la présence de François Hollande et de nombreuses personnalités politiques avant de butter sur la prononciation de « même sexe ». La voix-off annonce qu’il s’agit d’un défilé haut en couleurs politiques, débute alors un passage en revue des partis représentés. On commence par le PS et François Hollande qui « tente de se faire une place dans le défilé ». Dans une courte déclaration il promet une loi sur le mariage homo. Après un rappel du mot d’ordre, c’est au tour de l’UMP qui finance un char mais se contente d’envoyer « des jeunes en éclaireurs ». Un responsable de Gay Lib s’exprime brièvement. « Loin des discours politiques », deux mamans qui défilent sur le petit train de l’APGL sont interrogées. Elles estiment que les politiques sont « très en retard » sur la question de l’homoparentalité. Suivent quelques images de foule, estimée à 600 000 personnes par la voix-off qui précise que c’est le double qu’en 2005. L’ensemble des images est très sobre comparé aux autres chaînes ou aux reportages de France 2 des années précédentes. En conclusion, il est dit que le débat sur les revendications de cette Marche sera « difficile à occulter » d’ici les prochaines présidentielles. Avec un peu moins de deux minutes d’antenne sur la journée, soit le quart de TF1, la rédaction de France 2 livre un reportage « propret », exempt des erreurs des années passées, et assure un service minimum.
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