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Télévision - 27/06/2005
La Marche des fiertés dans les journaux télévisés
La médiatisation de la Marche des fiertés 2005 est marquée par l’absence des personnalités politiques dans les reportages, comme sur le terrain. Les chaînes ont diffusé des comptes rendus d’une bonne tenue générale.
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Image 25Le nom de ce défilé était bien identifié en 2003, année de son adoption. Il fut plutôt ignoré en 2004. En 2005, certes le nom usuel du défilé — la Gay pride — est employé systématiquement, mais il est presque toujours accolé à la nouvelle appellation, la Marche des fiertés. On évoque même désormais l’« ancienne Gay pride » (France 3, i>télévision). Deux noms, mais aussi deux finalités qui sont rappelées par toutes les chaînes : le côté festif et le côté revendicatif semblent aujourd’hui cohabiter harmonieusement et font la spécificité de la plus importante manifestation de l’année.

Image 18Le nombre de participants semble très variable en 2005 : des centaines de milliers sur France 2, 300 000 selon la police citée par TF1. Ils étaient 500 000 selon M6, plus de 500 000 sur France 3 (édition nationale), comme sur i>télévision qui contredit son présentateur pour finalement évaluer la participation à 700 000 personnes. LCI réconcilie tout le monde et donne la fourchette la plus large : entre 300 000 et 700 000 personnes. Plus technique et plus généreuse, l’édition Île-de-France de France 3 évalue la participation au défilé à 250 000 sur les trottoirs et au moins deux fois plus sur les boulevards. Ajoutons les 50 éphèbes et nymphettes en rollers de Pink TV et le compte devrait être bon !

Image 36Le point le plus marquant de ce cru 2005 est l’absence des personnalités politiques dans les reportages. Certes, le carré de tête était clairsemé, seuls les responsables politiques de partis ayant approuvé le mot d’ordre y ont été admis, soit un responsable des Verts ainsi que Bertrand Delanoë en tant que maire de Paris. C’est sans compter sur Dominique Strauss-Khan — absent des reportages — qui s’est finalement incrusté après le départ malgré les consignes. La parole est cependant donnée aux marcheurs, nombreux à s’exprimer, en particulier sur l’homoparentalité. Fait inédit dans l’exercice de style annuel qui consiste à illustrer le défilé, certaines chaînes ne donnent la parole à aucune personnalité du carré de tête. M6 va encore plus loin dans un reportage original et résumant ainsi la Marche 2005 : les politiques y sont jugés dépassés car désormais en décalage avec l’opinion publique qui aurait évolué plus rapidement sur le couple et l’homoparentalité.

Image 4M6 rompt aussi avec les habitudes du genre en donnant la parole à un couple de garçons élevant une petite fille. Ils abordent leur vécu de façon simple, parlant plus volontiers de leurs émotions que de revendications. On tient peut-être là le succès médiatique de ce cru 2005 du défilé qui termine sa mutation de Gay pride en Marche des fiertés : le folklore ne semble plus nuire aux revendications qui sont traitées dans le détail, avec à l’appui le témoignage, parfois touchant, de dizaines d’anonymes.

À l’instar de M6, TF1 comme France 3 font preuve d’une belle mobilisation et délivrent des reportages fidèles à nos constatations sur place. France 2 assure un service minimum et rate la Marche pour la seconde fois consécutive.

LCI — Journal de 18 h (2 minutes)

Image 7Image 8La Marche est le premier sujet développé par Estelle Youssouffa qui annonce « entre 300 000 et 700 000 personnes dans les rues de Paris ». Après un rappel des revendications, la présentatrice lance le reportage en rappelant que la Marche est « l’occasion pour la communauté homosexuelle de faire entendre ses revendications. »

Image 11Image 10Image 9Selon la voix off, c’est le « folklore habituel », « mais la Gay pride va bien au-delà de la simple parade festive. » Le changement de nom en Marche des fiertés est rappelé ainsi que son affirmation comme un défilé revendicatif. Puis, un point est fait sur l’homoparentalité à travers le témoignage d’une maman. Jean-Luc Roméro intervient également. Yann Wehrling, secrétaire national des Verts, plaide pour une réforme du Pacs et du mariage. Les trois minutes de silence en hommage aux victimes du Sida sont évoquées.

La présentatrice évoque brièvement le premier défilé grec et celui de Berlin sur des images colorées et festives.

LCI — Journal de 18 h 30 (1 minute 20 secondes)

Image 12Image 13Les journaux se suivent mais ne se ressemblent pas sur LCI. Jean-Maurice Potier présente les résultats du tennis, puis ceux du rugby et place la Marche 2005 en troisième position. Il annonce « près de 500 000 personnes dans les rues de Paris en ce moment » et rappelle le nouveau nom du défilé. La présence d’un char de la CGT pour la première fois sur le défilé est signalée. Pendant ce commentaire, des images plutôt racoleuses défilent à l’écran, la caméra s’attarde sur un homme en slip orange. Le présentateur annonce un reportage axé sur les prises de parole des politiques — le seul — à propos de l’homoparentalité.

Image 14C’est Bertrand Delanoë qui s’exprime le premier : « Il faut accepter l’homoparentalité et accepter le droit à l’adoption par les couples homosexuels. » Jean-Luc Roméro annonce généreusement 300 000 enfants vivant dans des familles homoparentales. Yann Wehrling rappelle les propositions de loi des Verts en la matière.

France 3 — 19 20, Édition Île-de-France (6 minutes)

Image 15Image 17Image 16La Marche est le premier titre annoncé par Jean-Noël Mirande : « elles étaient colorées les rues de Paris ! » Tout comme les images retenues par France 3, les couleurs, les plumes et les danseuses brésiliennes ne manquent pas à l’écran.

Image 19Image 18Après les autres titres, la Marche est aussi le premier sujet développé. Après un rappel des noms usuel et officiel du défilé, le présentateur annonce « plus de 500 000 personnes pour cette traditionnelle fête arc-en-ciel » sur des images de foule et de chars. Après une allusion aux politiques et à Bertrand Delanoë, les trois minutes de silence sont annoncées : « on a su faire le silence quand cela était nécessaire. »

Image 21Image 20Image 22Le reportage débute sur ces trois minutes de silence : « Un moment de solidarité avec les séropositifs et la malades ». Un rappel de la situation est fait sur des images qui alternent entre des travestis et le char de Sida Info Service dont l’un des responsables, Hervé Baudoin, est interviewé. Vient ensuite le thème du défilé et une interview de Nathalie Martinez de l’Association des Parents Gays et Lesbiens (APGL). Le maire de Paris enchaîne également sur le sujet. La voix off reprend la parole : « c’est aussi la fête et le spectacle », les images se font plus aguicheuses, comme pendant la lecture des titres en début de journal. Les marcheurs étaient « 250 000 sur les trottoirs, au moins deux fois plus sur les boulevards », soit au moins 750 000, le plus gros chiffre annoncé.

Image 5Image 6Image 23Retour sur le plateau, Jean-Noël Mirande interviewe Pascal Houzelot en duplex de la place de la Bastille où la fête est censée battre son plein. Des anges roses en roller et habillés aux couleurs de la chaîne Pink TV jouent les figurants. « Le divertissement n’empêche pas la réflexion » fait remarquer le présentateur qui interroge le président de Pink TV sur des sujets politiques. « Pink TV est une chaîne au-dessus des débats politiques » répond Pascal Houzelot. Un jeune homme au regard assez primitif passe derrière lui et pointe ses deux majeurs en direction de la caméra. Un autre arrive, l’air pas beaucoup plus évolué, il tend une pancarte où il a inscrit un slogan se terminant par « …nicke les PD ». C’est la confusion, l’interview ressemble à un dialogue de sourds et pendant que Pascal Houzelot s’efforce de ne pas parler politique on se divertit en observant les agitateurs se faire rembarrer. La moue de Pascal Houzelot en fin d’interview le confirme, l’opération de communication de Pink TV est plutôt ratée : on n’a parlé de rien, et surtout pas de la chaîne rose.

France 3 — 19 20, Édition nationale (2 minutes 30 secondes)

Image 24Image 25La Marche ne fait pas partie des quatre titres annoncés mais est le premier sujet développé par Catherine Matausch qui rappelle d’emblée que la Gay pride s’appelle désormais Marche des fiertés. La participation est évaluée à « plusieurs centaines de milliers de personnes » et le mot d’ordre est rappelé puis mis en perspective avec les récentes lois entrées en vigueur en Espagne.

Image 28Image 27Le reportage ouvre sur le cas d’un couple de femmes pacsées ayant un enfant, le tout sur le petit train de l’APGL. À propos de l’adoption, la voix off lâche qu’« avouer (sic) ouvertement son homosexualité » compromet les chances. Ce choix malheureux de vocabulaire est le seul bémol à ce reportage très équilibré, axé sur les revendications des marcheurs (aucun homme politique ne s’exprime). Le commentaire enchaîne et commente les difficultés d’accès à l’adoption pour les homosexuels déclarés : « c’est une discrimination ». Deux marcheurs sont interviewés.

Image 26Image 29Place ensuite à la « fête aux mille et une couleurs » sur des images de créatures qui restent sobres. Benoît Félix, du centre régional d’information et de prévention du Sida en Île-de-France, prend la parole. La voix off reprend : « à 16 heures le cortège s’est arrêté. Trois minutes d’un silence pesant, en solidarité avec les personnes séropositives ou malades du Sida. En France, un homosexuel sur dix est séropositif ». Quelques images de Madame H puis de Noël Mamère décrivent un cortège « de plusieurs kilomètres, plus de 500 000 personnes partageant une même devise : le respect et l’égalité pour tous. » On en redemande !

M6 — Six’ (1 minute 50 secondes)

Image 4La Marche est le troisième sujet développé. Un rappel de l’ancien et du nouveau nom sont faits, tout comme pour la dualité festif/revendicatif. La participation — « 500 000 personnes » — et le mot d’ordre sont énoncés.

Le reportage début sur les trois minutes de silence, vient ensuite le petit train de l’APGL et le témoignage de… deux garçons ! Cette interview n’a l’air de rien mais c’est pratiquement une première tant les évocations de couples homoparentaux composés d’hommes sont rares. Le témoignage repose surtout sur les émotions et c’est Alain Piriou, porte-parole de l’Inter LGBT, association organisatrice de la Marche, qui se charge de parler des revendications.

Image 3Là aussi, M6 fait preuve d’originalité puisque cette année, c’est la seule intervention télévisée du porte-parole. La frilosité de la classe politique face à l’homoparentalité est évoquée.

TF1 — Journal de 20 heures (2 minutes)

Image 32Image 31Dans les titres, Claire Chazal annonce la « Gay pride », mais parle aussi de la « Marche des fiertés homosexuelles ». Le mot d’ordre est rappelé.

À 20 h 08, Claire Chazal lance le reportage en annonçant « plusieurs centaines de milliers de personnes ».

Image 34Image 33Image 35C’est avant tout « un défilé coloré » annonce la voix off sur fond d’images arc-en-ciel, avant d’ajouter que « certains adeptes de la provocation sont de la partie mais l’ensemble est très bon enfant ».

Image 37Image 36Un rappel des thèmes de ce défilé est fait, on enchaîne sur l’incontournable témoignage de l’APGL, puis de Pascal Houzelot, non moins incontournable depuis quelques années dans les reportages de TF1 consacrés au défilé. Le reportage a l’originalité de donner la parole à l’association Contact. Les politiques viennent en dernier et s’expriment peu : Noël Mamère (absent des autres reportages), puis Jean-Luc Roméro sur le Sida. Le commentaire évoque alors les trois minutes de silence, puis les associations professionnelles. Vient enfin la participation : « 300 000 selon la police ». Le chiffre de la préfecture est pourtant de 550 000 marcheurs. On retiendra de ce reportage qu’il était assez équilibré, les images sont sobres et représentatives de nos constatations sur place. Il s’inscrit dans la tendance de cette année qui consiste à laisser peu de temps de parole aux politiques.

Image 39Retour sur le plateau, Claire Chazal évoque le défilé de Berlin et la présence de son « maire homosexuel », le tout sur des images identiques à LCI.

France 2 — Journal de 20 heures (2 minutes)

Image 1Image 40C’est à 20 h 30, en douzième position après les 30 ans du conservatoire du littoral, que la Marche est enfin évoquée par Françoise Laborde. Après un rappel de vocabulaire sur la nouvelle dénomination du défilé et l’énonciation du mot d’ordre, la présence du photographe Oliviero Toscani est annoncée. Des images de chars et de foules sont lancées à l’écran pendant que la présentatrice évoque « des centaines de milliers de personnes ».

Image 43Image 42Image 41Le reportage débute sur Oliviero Toscani, un photographe italien venu prendre quelques clichés. Le reportage suit ensuite le même plan que celui des autres chaînes, mais en plus rapide : rappel du mot d’ordre, interview d’un couple de mamans sur le petit train de l’APGL. Les personnalités de gauche (aucune n’est citée) sont mises sur le même plan que les fêtards. C’est tout, France 2 a assuré un service minimum, préférant les images aguicheuses et la promotion d’un photographe aux revendications des marcheurs.

i>télévision — Journal de 21 heures (1 minute 40 secondes)

Image 44Image 45Alexandre Ifi ouvre son journal sur la Marche dont il rappelle qu’il s’agit de l’ancienne « Gay pride ». La participation (500 000 personnes), le mot d’ordre et le côté festif sont rappelés pour lancer le reportage.

Image 47Image 46On débute sur le carré de tête et le train de l’APGL, les revendications sont commentées. « 80 chars et 6 à 700 000 personnes » sont évoquées, contrairement aux dires du présentateur. Les trois minutes de silence sont commentées, ainsi que la situation de la maladie.

Image 2Une longue interview de Bertrand Delanoë et un duplex avec Pierre-Yves Dodat ont également été diffusés pendant le journal de 18 h. Les revendications et en particulier l’homoparentalité sont au centre de ces interventions (3minutes 25 secondes).


Euronews (une minute)

Image 48Image 49Image 50Un commentaire global sur les Gay pride européennes est fait sur des images, parfois provocantes, provenant du défilé de Berlin.






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