Dans C dans l'air, un magazine quotidien diffusé en direct, Yves Calvi décrypte l'actualité sociale, politique et culturelle en compagnie d'invités. Pour parler du thème « Le pouvoir gay », rebaptisé le jour même de l’émission « La France des gays », il reçoit Claude Roulet, président de l'Autre cercle, Yves Derai, journaliste politique à la radio BFM et auteur du livre Le gay pouvoir (éditions Ramsay), Pierre-Olivier de Busscher, sociologue, et Gilles Corman, directeur d'études au département Politique et opinion de TNS-Sofrès.
Pour lancer son émission, Yves Calvi interroge d’entrée ses invités sur le vote gay en se basant sur un sondage d’opinion. Gilles Corman corrige l’interprétation du sondage selon lequel 44% des français pensent qu’il y existe un vote gay : il est extrait d’une enquête portant sur diverses « communautés » et c’est justement le vote gay, ou plutôt son existence supposée par les français, qui arrive en dernière position lors des résultats. Gilles Corman illustre également la récente évolution favorable de l’opinion vis-à-vis de l’homosexualité de candidats à des élections.
Vient alors un reportage rappelant l’existence de la Lesbian and gay pride, du marais (le « quartier homos historique de la capitale ») et relatant l’évolution générale des mentalités. Grégoire Querel, manager d’un café branché, tient quelques propos confus sur l’influence de l’élection de Bertrand Delanoë. À propos des lobbies gays, le maire de Paris répond en personne qu’il s’agit d’une « erreur d’analyse, d’appréciation ». Patrick Bloche, député socialiste et élu parisien, et des adhérents de l’Autre Cercle témoignent également dans ce sens. L’existence d’un conseiller aux affaires gays auprès du maire est évoquée.
De retour sur le plateau, sont abordées les revendications, principalement l’égalité des droits. Yves Derai reste concentré sur sa cible, la Mairie de Paris et son staff, et argumente ses propres interprétations des faits : on apprend ainsi que Christophe Girard n'est pas moins qu’une « figure gay emblématique à Paris », à ce rythme-là, Thomas-du-Loft est sûrement un porte drapeau... Sur le lobbying et la médiatisation, les invités tiennent des propos intéressants, Gilles Corman en particulier explique les ressorts de la « surexposition » médiatique des homos. Sur le Pacs et le mariage, un rappel historique des projets est vaguement proposé.
Un deuxième reportage annonce la création des Pages arc-en-ciel, sortes de Pages Jaunes homos attendues pour le mois de juin. Les deux créateurs du concept, après s’être auto-congratulés devant la maquette du projet, en expliquent les grandes lignes. Un de leurs annonceurs, un « agent immobilier hétérosexuel », explique sa démarche auprès de clients qui ont « un fort pouvoir d’achat » et précise que « la seule chose à laquelle nous avons veillé avant de paraître dans cet annuaire, c’est qu’effectivement les annonceurs ne soient pas exclusivement gay ». Un bien bel engagement mais faudrait pas non plus qu’on le prenne pour un pédé... Rémi Calmon, porte-parole du Syndicat national des entreprises gaies (Sneg), considère les offres commerciales ciblant les gays comme un choix parmi d’autres mais proposant un meilleur accueil... Un discours modérée et impensable de la part du Sneg, qui ne jurait que par ses boulangers et autres limonadiers gays, il y a encore quelques semaines. Ce reportage intervient après le tollé provoqué par une séquence sur le Marais dans l’émission Tribus de Thierry Ardisson réalisée avec la complicité du syndicat et vertement critiquée ensuite par les téléspectateurs homos.
Les réactions à ce reportage sont plus nombreuses, Claude Roulet dénonce en particulier le fantasme du pouvoir d’achat des gays et démonte l’argumentaire de l’agent immobilier. Pierre-Olivier de Busscher précise que « cette notion de pouvoir d’achat supérieur des gays est apparue avant tout aux États-Unis, dans un pays où l’impôt sur le revenu est beaucoup plus faible — en particulier pour les personnes célibataires — qu’en France ». Le débat se penche ensuite sur le communautarisme, Yves Derai semble parfois bien seul face à ses interlocuteurs.
Le troisième et dernier reportage est consacré à Pink TV et montre justement tout sauf la chaîne et ses responsables. C’est le très fin Joseph Daniel, président du groupe de travail Câble et satellite du CSA et poête à ses heures, qui résume sa vision de la chaîne : « Pink TV, pour simplifier (...), c’est Arte plus des films de cul ». Un tour d’horizon des autres chaînes homos dans le monde et un rappel de la tentative Good As You complètent ce reportage sans intérêt.
Le débat, plus confus et moins bien mené, porte ensuite sur les futures revendications, notamment le droit à l’adoption et la procréation médicalement assistée.
Dans les médias « La France des gays » ne signifie pas forcément « La France des lesbiennes », C dans l'air l’a prouvé ici de façon magistrale et c’est sans doute le principal regret que l’on peut émettre à propos de ce magazine. Si le choix des trois reportages (de qualité inégale) ne semble pas toujours judicieux, Yves Calvi — que l’on a connu plus à l’aise — a su cependant s’entourer en plateau d’intervenants de qualité. Cette émission, au sujet plutôt mal défini, est en définitive rattrapée par le débat, d'un bon niveau et mené en direct de surcroît.