Que reste-t-il des débats qui ont agité notre pays au moment du vote de la loi instituant le Pacs ? On garde en mémoire des slogans homophobes, les propos de Christine Boutin, les inconséquences de la gauche parlementaire et les faits d’armes des associations homosexuelles. Mais, se souvient-on des mobiles réels des opposants au Pacs ? Drôle de question : la réponse est évidente ; leur homophobie les motivait ; tout elle ; rien qu’elle. Vous en êtes si sûrs ? Moi pas et, à se focaliser sur cet aspect des choses, on prend le risque de passer à côté du fond de débat, d’opposer des moyens d’action politique inopérants car ne répondant pas à la question posée, voire de développer des arguments contraires à l’objectif.
« La hantise de la fin de la famille est revenue à l’occasion du Pacs. » explique Élisabeth Roudinesco à la Voix du Nord [09/01/03], situant ainsi son dernier essai, La famille en désordre [Fayard, (2002)], comme réponse aux craintes des conservateurs de mise en cause de l’ordre familial. Il était temps que cette réponse intervienne, qu’enfin quelqu’un s’attaque directement aux symboles et aux mythes qui entourent l’institution familiale et sorte le débat autour du Pacs des considérations morales dans lesquelles les échanges manichéens entre pro- et anti- l’avaient confiné.
Cette réponse, Élisabeth Roudinesco n’a pas ménagé sa peine pour l’apporter. J’ai recensé sur Media-G six interviews où elle développe ses arguments, interrogeant les conservateurs sur la récurrence de leurs « terreurs » déjà apparue lors « l’éruption du féminin » dans la famille œdipienne [L’humanité, 29/10/02], les psychanalystes sur leur « incapacité à penser les nouvelles donnes » [Lire, octobre 02], les intellectuels de gauche sur leurs velléités à défendre l’« héritage judéo-chrétien » [Libération, 10/10/02] et les homosexuels sur leur souhait de « recréer un ordre familial qu’ils avaient si longtemps, si violemment contesté. » [Le Nouvel Obs, 03/10/02].
Il est en effet bien loin le temps où l’homosexualité se considérait comme un moyen de contestation de l’ordre bourgeois et comment ne pas s’interroger avec Élisabeth Roudinesco sur cette homosexualité d’aujourd’hui qui cherche par tout moyen la normalisation au point de se constituer en champion du familialisme ? Le motif est légitime (l’égalité des droits) mais je me permets de regretter que notre historienne du droit soit bien seule à appeler encore les lesbiennes et les gays à la subversion.
Cy Jung, 18 février 2003
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